25 septembre 2022
La finale de la Ligue des champions met les méthodes de maintien de l'ordre françaises sous les projecteurs

La finale de la Ligue des champions met les méthodes de maintien de l’ordre françaises sous les projecteurs

Une grande partie du monde a été choquée par les scènes avant, pendant et après la finale de la Ligue des champions, au cours desquelles la police française a utilisé du gaz poivré et du gaz lacrymogène sur les supporters, y compris des enfants. Mais le recours à la force policière est depuis longtemps une pratique courante en France.

Samedi, lors de la finale de la Ligue des champions, des supporters ont été aspergés de gaz poivré et de gaz lacrymogène, frappés à coups de matraque et jetés au sol par la police française. Certains prétendent même que des armes à feu ont été pointées sur les supporters.

Les supporters de Liverpool semblent avoir été les victimes de la plupart de ces insultes.

« Je viens d’endurer l’une des pires expériences de ma vie. Une sécurité et une organisation horribles mettant des vies en danger », a déclaré le député de Liverpool West Derby, Ian Byrne, qui était présent au match.

Les commentateurs internationaux ont semblé choqués par les méthodes de maintien de l’ordre. L’ambassadeur britannique en France a demandé à l’UEFA de lancer une enquête sur ce chaos. Et le Liverpool Football Club a également demandé une enquête officielle.

Mais pour ceux d’entre nous qui vivent en France, ce genre de scènes n’est pas nouveau. Le site d’investigation Mediapart a décrit le contrôle de la foule lors du match comme « un échec des pouvoirs publics français qui ponctue de nombreuses années de maintien de l’ordre répressif, inapproprié et souvent violent. »

Le journaliste Ilyes Ramdani a tweeté : « Le savoir-faire français se répand. Après les banlieues, ce furent les Gilets jaunes, puis les protestations de toutes sortes, maintenant les supporters de Liverpool ont découvert la police française – avec ses gaz et ses mensonges. »

Philippe Marlière, professeur de politique française à l’University College de Londres a déclaré que « le monde entier a pu voir une police française aussi violente qu’incompétente au Stade de France. »

« De nombreuses vies humaines ont été menacées par l’action de la police », a-t-il poursuivi.

Les forces de l’ordre françaises ne sont, après tout, guère connues pour leur légèreté.

Lors des manifestations des Gilets jaunes en 2018/19, des dizaines de personnes ont perdu les yeux lorsque la police a tiré des munitions non létales et des grenades lacrymogènes sur les manifestants. Plus de 300 personnes ont subi des blessures à la tête, notamment des fractures de la mâchoire et du crâne, après avoir reçu des coups de la part des forces de l’ordre françaises. Au moins deux personnes ont perdu la vie après des altercations avec la police.

Lorsque la police organise des rave-parties, les blessures sont fréquentes. Lors d’un événement de la Fête de la Musique en 2019, une violente charge de la police sur des fêtards sur les bords de la Loire a conduit des dizaines de personnes à tomber dans l’eau. Steve Maïa Caniço, un jeune homme de 24 ans qui ne savait pas nager, s’est ensuite noyé.

En 2020, quatre policiers français ont été inculpés pour avoir tabassé un producteur de musique français noir, dans ce que la plupart des observateurs ont décrit comme un usage raciste et disproportionné de la force. Ceux qui ont suivi de près l’Affaire Théo, un incident de 2017 au cours duquel un jeune homme noir de Seine-Saint-Denis a été battu et violé analement avec une matraque, ne seraient pas choqués par cet incident ultérieur.

Le passage au bulldozer des camps de migrants, le gazage au poivre des manifestants pacifiques pour la défense de l’environnement et le déploiement de la police anti-émeute armée lors des manifestations, même les plus petites, sont monnaie courante.

L’approche musclée du contrôle de la foule lors d’un événement footballistique en France n’est pas non plus sans précédent. Des gaz lacrymogènes ont été tirés à de multiples reprises pendant l’Euro 2016.

Le journaliste d’investigation Valentin Gendrot a publié un livre intitulé Flic en 2020. Il s’agissait de l’aboutissement de près de six mois passés sous couverture, à se faire passer pour un policier au sein d’un commissariat parisien afin d’avoir un aperçu de la culture des forces de l’ordre du pays.

« Ce qui m’étonne, c’est à quel point ils se sentent intouchables », écrit-il.

« Comme s’il n’y avait pas de supérieur, pas de surveillance par la hiérarchie, comme si un policier pouvait choisir – en fonction de son libre arbitre ou de ce qu’il ressent à ce moment précis – d’être violent ou non. »

« Dans mon commissariat, il y avait tous les jours des propos racistes, homophobes et machistes. Ils venaient de certains collègues et étaient tolérés ou ignorés par d’autres. »

Le ministre français de l’Intérieur a rendu les supporters anglais en déplacement responsables des scènes chaotiques d’hier, tout comme l’UEFA. Mais beaucoup affirment que la réaction de la sécurité du stade et de la police a grandement exacerbé la situation.

Jean-Luc Mélenchon, un rival d’extrême gauche du président Emmanuel Macron, a déclaré à BFMTV qu’il y avait eu « un échec complet de la stratégie de la police. »

« Les gens ont été traités comme ils le sont habituellement lors de n’importe quelle manifestation. On ne peut pas continuer comme ça », a-t-il poursuivi.

L’enceinte du Stade de France où se sont déroulées la plupart des violences doit accueillir des matchs de la Coupe du monde de rugby en 2023 et un certain nombre d’événements olympiques en 2024.

La dirigeante d’extrême droite Marine Le Pen a déclaré à RTL que les événements de samedi montraient que « la France n’est plus capable d’organiser de grands événements sans que les choses dégénèrent. »

L’UEFA a déclaré qu’elle était « compatissante » avec les supporters touchés et qu’elle examinerait la situation avec la police et les autorités locales.

Pour Ronan Evain, directeur exécutif du réseau Football Supporters Europe, ces événements « posent la question de la capacité de la France à organiser des événements de cette taille ».

« Nous continuons à voir la même stratégie d’organisation qui a déjà échoué par le passé. Il y a un très fort besoin de moderniser l’approche de la sécurisation de ces événements », a-t-il déclaré à l’AFP.

Son organisation a publié une déclaration affirmant que « les supporters de la finale de la Ligue des champions ne portent aucune responsabilité » dans le « fiasco ».

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