14 août 2022
Les défenseurs des droits des animaux envisagent un projet de loi visant à interdire la corrida en France

« Immoral et archaïque » : Les défenseurs des droits des animaux envisagent un projet de loi visant à interdire la corrida en France

Alors que des milliers d’aficionados de la tauromachie se rassemblent dans le sud de la France pour les traditionnelles ferias d’été, les opposants à cette pratique relancent leur combat pour une interdiction pure et simple, persuadés que l’opinion publique est enfin de leur côté.

« Je pense que la majorité des Français partagent le point de vue selon lequel les corridas sont immorales, un spectacle qui n’a plus sa place au 21e siècle », a déclaré Aymeric Caron, un ancien journaliste de télévision populaire et militant des droits des animaux, récemment élu au Parlement sous l’étiquette du parti de gauche dure La France insoumise.

Depuis des années, les critiques cherchent à donner un coup de grâce juridique à ce qu’ils appellent un rituel cruel et archaïque, mais aucun des projets de loi présentés n’a jamais été approuvé pour être débattu par les législateurs de l’Assemblée nationale.

Les tribunaux français ont également régulièrement rejeté les actions en justice intentées par les défenseurs des animaux, la dernière fois en juillet 2021 à Nîmes, où se déroule l’une des plus célèbres corridas de France.

Mais Caron, basé à Paris, a déclaré à l’AFP que le temps était venu pour une nouvelle proposition, étant donné les préoccupations croissantes concernant le bien-être des animaux, avec un projet de loi qui sera soumis cette semaine.

« J’espère vraiment que ce projet de loi sera débattu au Parlement en novembre… ce serait une première », a-t-il déclaré.

Cette perspective semble d’autant plus probable que la France décomplexée a remporté des dizaines de nouveaux sièges lors des récentes élections, contribuant à priver le président Emmanuel Macron de sa majorité centriste au Parlement.

L’objectif est de modifier une loi sur la protection des animaux qui autorise des exceptions pour les corridas – ainsi que les combats de coqs – lorsqu’il peut être démontré qu’il s’agit de « traditions locales ininterrompues. »

Ces exceptions sont accordées à des villes comme Bayonne et le joyau médiéval de Mont-de-Marsan, dans le sud-ouest de la France, près de l’Espagne, où la pratique a ses origines, et le long de la côte méditerranéenne, notamment à Arles, Béziers et Nîmes.

Respecter l’animal

Pour Caron, « ce n’est pas une tradition française, c’est une coutume espagnole qui a été importée en France au XIXe siècle pour plaire à l’épouse de Napoléon III, qui était andalouse », la comtesse Eugénie de Montijo.

Cet argument a peu de chances de convaincre les foules bousculées qui se sont pressées dans les rues de Bayonne pour la feria taurine qui s’est achevée dimanche, une mer de supporters tout de blanc vêtus à l’exception de bandanas ou de ceintures rouge vif.

« Les gens qui veulent l’interdire ne le comprennent pas. La tauromachie est un drame qui vous rapproche de la mort… Vous avez peur, mais cela fait partie de la vie », a déclaré Jean-Luc Ambert, venu avec des amis de la région Auvergne centrale.

Comme beaucoup d’autres amateurs, son amie Françoise a insisté sur le fait que la corrida est un art autant qu’un sport, où « un homme met sa vie en jeu, tout en respectant l’animal. »

« On ne cherche pas à convertir qui que ce soit, je veux juste que les gens qui sont contre nous laissent tranquilles », a-t-elle déclaré à l’AFP.

L’invité vedette de la feria de Bayonne, le matador espagnol Alejandro Talavante, a effectivement trouvé un public appréciateur, la foule réclamant la remise de l’oreille du taureau pour sa performance.

Ce conflit fait écho au fossé qui se creuse en France entre les habitants des zones rurales imprégnés de profondes traditions agricoles et les Parisiens et autres citadins accusés de piétiner le patrimoine culturel du pays – souvent qualifiés de « talibans du Paristan ».

Un soutien généralisé ?

André Viard, président de l’association nationale de tauromachie, s’est moqué de la menace d’une interdiction.

C’est un sujet qui revient à chaque session parlementaire », explique-t-il à l’AFP à propos des efforts de Caron pour trouver des alliés à l’initiative « La France décomplexée ».

« Nous disons aux autres partis : Pourquoi voulez-vous vous associer à un projet de loi qui s’attaque à une liberté culturelle protégée par la Constitution, et à l’identité territoriale ? »

Le débat fait écho à une opposition similaire dans d’autres pays ayant un passé taurin, notamment l’Espagne et le Portugal, ainsi que le Mexique, la Colombie et le Venezuela.

En juin, un juge de Mexico a ordonné la suspension indéfinie des corridas dans les arènes historiques de la capitale, les plus grandes du monde.

M. Caron compte sur le soutien de l’ensemble de l’échiquier politique, y compris des membres importants du parti de M. Macron, comme la présidente de son groupe parlementaire, Aurore Berge, qui faisait partie des 36 législateurs ayant demandé l’interdiction de la corrida l’année dernière.

Un sondage Ifop réalisé au début de l’année a révélé que 77 % des personnes interrogées approuvaient une interdiction, contre 50 % en 2007.

« De plus en plus de personnes sont préoccupées par la souffrance animale, y compris dans les corridas », a déclaré à l’AFP Claire Starozinski, de l’Alliance anti-corrida, ajoutant que beaucoup de gens ne réalisent pas que les taureaux sont réellement tués.

« Je sais qu’il y a des députés d’autres partis qui me soutiendront, et ils l’ont dit », a déclaré M. Caron – même s’il a admis que des législateurs plus traditionnels, comme Mme Berge, pourraient être réticents à se joindre à sa campagne de gauche.

« Va-t-elle rester fidèle à ses convictions, ou faire un calcul politique qui l’empêche de me soutenir ? C’est ce qui sera en jeu dans les discussions des semaines et des mois à venir. »

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