7 décembre 2022
La tauromachie pourrait-elle enfin être interdite en France

EXPLIQUÉ : La tauromachie pourrait-elle enfin être interdite en France ?

Les députés français se prononceront dans le courant du mois sur l’interdiction de la tauromachie, une décision qui a rendu furieux les amateurs de ce sport sanguinaire dans les régions du pays où il est populaire. Voici ce que vous devez savoir.

En France, les législateurs tentent une nouvelle fois d’interdire la corrida.

Cette question divise la coalition au pouvoir du président Emmanuel Macron et le principal parti d’opposition, le Rassemblement national d’extrême droite, dirigé par Marine Le Pen, qui aime les animaux.

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Aymeric Caron, journaliste devenu député, a proposé un projet de loi visant à interdire cette pratique séculaire, qui reste populaire dans le sud-ouest de la France. Le projet de loi est actuellement examiné par la Commission des lois avant d’être soumis au vote de l’Assemblée nationale le 24 novembre. C’est la première fois que les députés se prononcent sur ce sujet.

Actuellement, le code pénal français interdit les actes de cruauté envers les animaux mais fait une exception pour les « traditions locales ininterrompues » telles que la tauromachie. L’interdire, c’est se heurter aux aficionados attachés à cette coutume locale dans des villes comme Bayonne et le joyau médiéval de Mont-de-Marsan, dans le sud-ouest de la France, près de l’Espagne, où la pratique a ses origines, et le long de la côte méditerranéenne, notamment à Arles, Béziers et Nîmes.

Les députés écologistes ont tenté sans succès en 2013 et à nouveau en 2021 de faire interdire la corrida, malgré le large soutien de l’opinion publique. Selon un sondage Ifop réalisé en février pour l’organisation de protection des animaux 30 millions d’amis, 77 % des Français sont favorables à l’interdiction de la corrida – contre 50 % en 2007.

La tendance est inversée dans les villes de tradition taurine, où 72% des habitants sont favorables au maintien de la corrida, selon un sondage réalisé par l’Ifop et Sud Radio en juin.

Au début de l’année, le député de la France Insoumise Caron a déclaré : «  »Je pense que la majorité des Français partagent l’idée que les corridas sont immorales, un spectacle qui n’a plus sa place au XXIe siècle » ».

Pendant des années, les critiques ont cherché à porter un coup juridique final contre ce qu’ils appellent un rituel cruel et archaïque, mais aucun des projets de loi présentés n’a jamais été approuvé pour être débattu par les législateurs de l’Assemblée nationale.

Les tribunaux français ont également régulièrement rejeté les actions en justice intentées par les défenseurs des droits des animaux, la dernière fois en juillet 2021 à Nîmes, où se déroule l’une des plus célèbres corridas de France.

Laissez nos traditions tranquilles

M. Caron espère que son projet de loi bénéficiera du soutien de tous les partis. L’idée d’une interdiction est soutenue en dehors de son parti de gauche, y compris par des membres importants du parti de M. Macron, comme la présidente de son groupe parlementaire, Aurore Berge, qui faisait partie des 36 législateurs qui ont demandé l’interdiction de la corrida l’année dernière.

Le député du Rassemblement national Julien Odoul, a déclaré au Parisien : « La cause est plus importante que les différences politiques.

« Je voterai volontiers pour l’abolition de la corrida ».

L’interdiction de la corrida pourrait échouer car une majorité de députés craint une réaction brutale dans les zones rurales et les foyers taurins, où cette pratique est une tradition culturelle très appréciée.

Le conflit fait écho au fossé qui se creuse en France entre les habitants des zones rurales imprégnés de profondes traditions agricoles, et les Parisiens et autres citadins accusés de piétiner le patrimoine culturel du pays.

« Le député Caron, sur un ton très moralisateur, veut nous expliquer, depuis Paris, ce qui est bon ou mauvais dans le sud », a déclaré à l’AFP le maire de Mont-de-Marsan, Charles Dayot, furieux.

La tauromachie est « notre identité, une culture vivante. Laissez-nous tranquilles avec nos traditions », a ajouté M. Dayot, qui est vice-président de l’Union des villes taurines françaises.

La loi interdirait également les combats de coqs qui sont autorisés dans certaines régions du nord de la France.

Le pays de la tauromachie

La tauromachie remonte à l’époque romaine, mais la première référence écrite à une course de taureaux en France date de 1289 – dans le cadre d’une loi concernant la conduite des animaux dans les rues jusqu’à l’abattoir de Bayonne.

Outre Bayonne, des corridas ont lieu à Mont-de-Marsan, au Pays basque, près de la frontière espagnole, et le long de la côte méditerranéenne dans des villes comme Arles, Béziers et Nîmes.

Elle est si populaire que le journal régional Sud Ouest publie encore les résultats des corridas du sud de la France et du nord de l’Espagne.

Les corridas de style espagnol ont lieu dans certaines régions du sud-ouest de la France depuis le 19e siècle. Les corridas sont populaires au printemps et en été, la saison commençant fin avril et se terminant en septembre.

On estime à 1 000 le nombre de taureaux tués chaque année dans les arènes françaises. Selon l’Observatoire national des cultures taurines (ONCT), une organisation pro-corrida, deux millions de personnes assistent chaque année à des corridas en France.

En plus de la corrida de style espagnol, il existe deux autres types de « corrida » française. L’un est la « course landaise », dans laquelle des vaches sont utilisées à la place des taureaux. Dans ce type d’épreuve, les équipes tentent d’esquiver et de sauter par-dessus la vache, chaque équipe ayant pour objectif de réaliser une série d’au moins 100 esquives et huit sauts.

Dans la « course camarguaise », l’objectif est d’arracher une rosette de la tête d’un jeune taureau.

La tauromachie a été ajoutée à la liste du « patrimoine culturel » de la France en 2011 par Frédéric Mitterrand, alors ministre français de la culture. Quatre ans plus tard, elle a été retirée de la liste, à la suite d’un tollé général.

Il est en fait interdit dans la majeure partie de la France, mais autorisé dans le sud car il est considéré comme une tradition culturelle, malgré les plaintes des militants qui estiment que ce sport est une forme de cruauté envers les animaux.

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