7 octobre 2022
Comment les communautés bretonnes se préparent-elles à l'érosion côtière ?

Comment les communautés bretonnes se préparent-elles à l’érosion côtière ?

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Comment les communautés côtières doivent-elles s’adapter à la menace de l’érosion et de l’élévation du niveau de la mer ?

Dans ce reportage de Climate Now, Euronews se rend dans l’un des villages bretons figurant sur une liste du gouvernement français des communautés menacées par l’érosion côtière. Le maire nous montre les problèmes auxquels il est confronté sur le terrain et les scientifiques nous donnent leur avis sur la manière de s’adapter à une augmentation du niveau de la mer de plus de 4 millimètres par an.

« Nous devrons nous protéger de l’augmentation des inondations côtières qui se produiront de toute façon d’ici la fin du siècle. »
Alisée Chaigneau
doctorante, Mercator Océan

Avant de nous rendre en Bretagne, examinons les dernières données du Copernicus Climate Change Service. Au niveau mondial, nous venons de connaître le cinquième mois de mai le plus chaud jamais enregistré, avec des températures supérieures de 0,3 degré Celsius à la moyenne 1991-2020.

Température globale Service de changement climatique Copernicus mis en œuvre par le CEPMMT

En Europe, le mois a été exceptionnel sur une grande partie du continent. De nombreuses régions ont été plus chaudes que la moyenne en mai.

La France a connu le mois de mai le plus chaud jamais enregistré, avec des températures moyennes supérieures de 3 degrés Celsius à la normale. L’Espagne et le Portugal ont également connu des vagues de chaleur.

Anomalie de température mai 2022 (EUROPE), période de référence 1991-2020Service des changements climatiques Copernicus mis en oeuvre par le CEPMMT

Dans l’extrême est de l’Europe et l’ouest de l’Asie, les vents du nord-ouest ont maintenu les températures bien en dessous de la moyenne.

Le phénomène La Niña

En ce qui concerne le contexte mondial des anomalies de température le mois dernier, il a été plus chaud que la moyenne dans une vaste bande traversant l’Asie centrale et la Sibérie.

Ensuite, on peut voir dans le bleu clair au-dessus du Pacifique oriental que le phénomène La Niña, qui dure depuis longtemps, se poursuit. Cette masse d’eau plus froide est liée à certains événements climatiques extrêmes récents, comme les fortes pluies en Australie et la sécheresse dans l’ouest des États-Unis.

Anomalie de température mai 2022 (MONDE), période de référence 1991-2020Service des changements climatiques de Coopernicus mis en œuvre par le CEPMMT

Érosion côtière en France – 126 communes à risque

Le mois dernier, le gouvernement français a publié la carte ci-dessous des 126 villes et villages de bord de mer qui devront mettre à jour leurs lois d’urbanisme en raison de l’érosion côtière.

Ce problème est aggravé par l’accélération de l’élévation du niveau de la mer due au changement climatique.

Carte des 126 communes de France exposées au risque d’érosion côtière Gouvernement français

Nous nous sommes rendus dans l’un des villages de la liste, Plougonvelin, près de Brest, pour voir comment ils font face à ce défi. Le maire, Bertrand Audren, a en fait demandé à figurer sur la liste du gouvernement français pour redessiner sa carte d’urbanisme.

Il l’a fait, dit-il, parce qu’il veut « éviter que des personnes et des biens soient frappés par l’érosion de la falaise et que leurs maisons subissent de gros impacts dans 30, 40 ou 50 ans ». Son objectif est d’anticiper ces problèmes afin que « les gens puissent se préparer. »

Le maire de Plougonvelin, Bertrand Audren, et le correspondant scientifique d’euronews, Jeremy Wilks, sur une plage de Bretagne euronews

Au cours des six prochains mois, des experts décideront quelles zones du village sont à risque et le gouvernement aidera à financer les mesures d’adaptation. L’un des objectifs du maire sera de veiller à ce que, dans les futurs permis de construire, une provision budgétaire soit prévue pour démanteler la propriété si elle est située dans une future zone de danger.

En attendant l’enquête du gouvernement, il teste déjà des défenses naturelles à petite échelle.

Il s’agit de mettre en place des barrières et des palissades avec des plantes de dunes comme l’ammophile pour empêcher le sable de se perdre. Il s’agit d’une approche faussement simple qui permet au sable de s’accumuler progressivement et aux plantes de stabiliser la dune montante.

La décision du gouvernement français signifie que les communautés peuvent commencer à se préparer à l’élévation du niveau de la mer. Le niveau moyen de la mer dans le monde a déjà augmenté de neuf centimètres depuis 1993, et il augmente maintenant de plus de quatre millimètres par an.

Il est urgent d’agir sur deux fronts, selon Gonéri Le Cozannet, collaborateur du GIEC : « Le premier est de limiter le réchauffement climatique pour stabiliser l’élévation du niveau de la mer à environ quatre millimètres par an. »

« Nous pouvons stabiliser l’élévation du niveau de la mer en limitant le réchauffement climatique à deux degrés. Mais nous ne pouvons pas arrêter l’élévation du niveau de la mer, elle va continuer pendant des siècles parce que nous avons la fonte des glaces en Antarctique, au Groenland, et d’autres glaciers qui vont continuer pendant très longtemps. »

« Le deuxième domaine d’action est l’adaptation, soit en protégeant, soit en relocalisant, soit en évitant de construire dans les zones de faible altitude pour limiter réellement les impacts de l’élévation du niveau de la mer. »

« Cette urgence est principalement motivée par le fait que l’adaptation est longue à mettre en place et que la gouvernance de l’adaptation, c’est-à-dire la mobilisation de tous les acteurs, les maires, les habitants, etc. est également longue, plusieurs décennies en fait. Donc on a cette double urgence qui est à la fois l’adaptation et l’atténuation du réchauffement climatique », conclut le Cozannet, qui travaille pour le BRGM.

L’appel à l’action de Gonéri est soutenu par les dernières recherches d’Alisée Chaigneau, doctorante à Mercator Océan, soutenue par Météo France et le CNRS. Elle a étudié le risque d’inondations côtières extrêmes le long des côtes françaises à la lumière de l’élévation du niveau de la mer.

Elle conclut que d’ici la fin du siècle, chaque communauté côtière française devrait être préparée à des ondes de tempête dommageables amplifiées par l’élévation du niveau de la mer. « Des événements rares comme les inondations côtières qui, aujourd’hui, pourraient se produire une fois tous les 100 ans, se produiront, à l’avenir, une fois par an. »

« Ce ne sera pas nécessairement lié au fait que les tempêtes seront plus intenses, mais simplement au fait que le niveau de la mer sera plus élevé, en raison de la fonte des glaces et de l’expansion thermique des océans », explique-t-elle.

À Plougonvelin, la falaise perd plusieurs centimètres par an. La falaise est une structure rocheuse sédimentaire qui est vulnérable à l’érosion, et le processus est exacerbé par des eaux de plus en plus hautes.

Le maire Audren est conscient que sa carte d’urbanisme devra être révisée en profondeur, mais il déclare à Euronews qu’il n’est pas trop inquiet.

« Vous ne devriez pas être inquiet. Ce n’est pas dans ma nature d’être inquiet. Nous devons être prudents, bien sûr, mais tout n’est pas sombre », dit-il.

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