Radio Maritima Gastronomie ANALYSE : La France est-elle autosuffisante sur le plan alimentaire ?

ANALYSE : La France est-elle autosuffisante sur le plan alimentaire ?

ANALYSE : La France est-elle autosuffisante sur le plan alimentaire ?

ANALYSE : La France est-elle autosuffisante sur le plan alimentaire ?

La guerre en Ukraine et, à plus long terme, le changement climatique ont suscité des inquiétudes quant à l’approvisionnement et au coût des denrées alimentaires. Mais la France serait-elle en mesure de produire suffisamment pour nourrir sa population si nécessaire ?

Alors que les prix des denrées alimentaires augmentent en France et ailleurs, des questions sur la sécurité alimentaire et l’autosuffisance du pays sont posées.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie – un grand exportateur de blé, de maïs et de pétrole – a affecté les marchés mondiaux, les prix de ces produits augmentant de façon spectaculaire, tandis que les sanctions imposées à la Russie – le plus grand exportateur de blé au monde – à la suite de l’invasion frappent également les prix.

Les sanctions imposées à la Russie – le plus grand exportateur de blé du monde – à la suite de l’invasion ont également pesé sur les prix. On s’est également demandé si la France pourrait, le cas échéant, nourrir les 67 millions de personnes qui vivent sur son territoire, tandis que la Commission européenne et le G7 ont élaboré des plans pour préserver la sécurité alimentaire mondiale.

Contrairement à d’autres pays, comme la Suisse, la France n’a pas de politique officielle d’autosuffisance alimentaire, mais elle a une politique de sécurité énergétique.

« Il n’y a pas de risque de pénurie en France parce que notre agriculture et nos secteurs agroalimentaires sont forts et souverains », a déclaré l’ancien ministre de l’agriculture Julien Denormandie le 16 mars, tout en reconnaissant que le secteur était confronté à un certain nombre de défis.

Il a rappelé le plan de résilience économique et sociale publié par l’ex-Premier ministre Jean Castex pour protéger l’économie française des effets de la guerre en Ukraine, et qui comprenait des mesures pour « sécuriser nos producteurs, nos transformateurs ainsi que notre production agricole et alimentaire à partir de 2022. »

Comme prévu, les prix des denrées alimentaires ont augmenté, tant pour les importations que pour les produits nationaux, les agriculteurs étant touchés par la hausse des coûts du carburant. L’industrie agricole fait partie des secteurs consultés et les agriculteurs ont été désignés pour bénéficier d’un soutien, afin qu’ils soient en mesure de minimiser les hausses de prix pour les consommateurs.

En avril 2020, au plus fort de la pandémie de Covid, on estime que la France importe environ 20 % de sa nourriture.

Mais la France – exportatrice de denrées alimentaires – pourrait nourrir toute sa population, selon un rapport du groupe de réflexion Utopies, publié en avril. Ce n’est pas pour rien que le pays est surnommé le « grenier de l’Europe ».

L’étude révèle que la France satisfait actuellement 60 % de ses besoins alimentaires, mais qu’elle a le potentiel pour devenir autosuffisante. Selon le rapport, les 26 % de produits alimentaires actuellement cultivés en France pour l’exportation ou l’incorporation dans des aliments transformés pourraient être utilisés pour couvrir 98 % des besoins intérieurs de la France.

La transformation des aliments en France, dont environ 24 % sont actuellement exportés, pourrait couvrir 114 % des besoins du pays dans ce secteur, ajoute le rapport.

Bien entendu, les « besoins » alimentaires ne comprennent pas les produits de luxe importés tels que les fruits exotiques, le chocolat et le café, de sorte que les régimes alimentaires changeraient dans une France totalement autosuffisante.

Plus récemment, la sécheresse a également suscité des inquiétudes à court terme, les agriculteurs français étant préoccupés par leurs récoltes de cette année.

La France est le premier exportateur de blé de l’UE et l’un des cinq premiers au monde. Mais les espoirs de voir les agriculteurs français compenser, au moins en partie, le déficit de l’offre mondiale de céréales consécutif à l’invasion de l’Ukraine par la Russie ont été mis à mal par les faibles précipitations enregistrées depuis le début de l’année, qui ont fait craindre une forte baisse des rendements.

Selon les prévisions, la récolte de blé en France sera plus faible que d’habitude cette année. Étant donné que les États américains producteurs de blé, tels que le Kansas et l’Oklahoma, souffrent également de la sécheresse, une mauvaise récolte en France cette année pourrait être particulièrement significative – et entraîner une hausse encore plus importante des prix du blé à court terme.

Au plus fort de la pandémie, la présidente de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) Christiane Lambert déclarait aux Echos qu’il y avait deux piliers essentiels pour assurer la sécurité et l’indépendance alimentaire en France : la capacité à produire et la capacité à stocker.

« Plus personne n’achète de farine française car la farine étrangère est moins chère », a déclaré Lambert. « Nous avons donc produit moins. Mais avec la crise du coronavirus, il a fallu répondre à la demande et donc relancer les lignes de production en les faisant tourner jour et nuit pour éviter les pénuries. »

L’agriculture française a alors su relever le défi. « Nous avons en France un écosystème complet qui nous permet de maîtriser tous les maillons de la chaîne alimentaire… Il faut le préserver si nous voulons être souverains sur notre alimentation », a ajouté Mme Lambert.

Mais il faudrait un changement de philosophie sur l’alimentation, selon le sénateur Les Républicains Laurent Duplomb.

En France, les produits agricoles « d’entrée de gamme » sont principalement importés, car les autorités ont insisté pour réorienter la production nationale vers la qualité plutôt que la quantité.

« Il faut aussi arrêter de se focaliser sur l’agriculture haut de gamme car la souveraineté alimentaire, c’est être capable de produire pour tout le monde », déclarait déjà Duplomb en 2020.

« Le risque dans quelques années est d’avoir deux consommateurs français. Le premier aura les moyens d’acheter des produits français haut de gamme, le second sera condamné à ne consommer que des produits importés puisque la France ne les produira plus. »

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